A 66 ans, Daniel Barenboïm fait ses débuts le 28 novembre prochain au Metropolitan Opera de New York en dirigeant "Tristan et Yseult" de Richard Wagner, une oeuvre qu'il qualifie de "réflexion sur la mort".Pour la première fois dans sa longue carrière, le chef d'orchestre et pianiste de renommée mondiale dirigera un opéra au "Met"."+Tristan+ n'est pas une oeuvre sur l'amour, c'est une oeuvre sur la mort", a-t-il estimé devant un groupe de journalistes réunis près de la grande salle de spectacle du "Met", qui a été inaugurée en 1966 et peut contenir jusqu'à 3.800 spectateurs."La crainte de la mort, et sa quête comme seule voie possible, sont le moteur de cet opéra", poursuit-il."La vie n'est pas pareille après +Tristan+", et cette oeuvre dont la première se tint à Munich en 1865 occupe une place clef dans l'histoire de la musique occidentale, estime Daniel Barenboïm. C'est pour cela, dit-il, "qu'elle plait même aux non-wagnériens".Pour cette représentation, qui coïncide avec le 125e anniversaire du "Met", le directeur du Staatsoper de Berlin a fait le voyage avec deux artistes de ce théâtre: la soprano suédoise Katarina Dalayman (Yseult) et le ténor allemand Peter Seiffert (Tristan).La mise en scène de la légende médiévale, qui relate un triangle amoureux entre Tristan, héros celte, son oncle le roi Marc (René Pape) et la fiancée irlandaise de ce dernier, Yseult, est réalisée par l'Allemand Dieter Dorn. "+Tristan+ force chacun à penser que la mort est inéluctable et qu'elle nous rendra visite à tous, tôt ou tard, et à réfléchir à comment nous allons l'affronter et comment nous allons vivre le temps qui nous sépare d'elle", insiste le chef d'orchestre. "Celui qui vit sa vie sans y penser perd une des dimensions essentielles de l'humanité".
Barenboïm dirigera six représentations de "Tristan" jusqu'au 20 décembre. Cette "première" new-yorkaise coïncide en outre avec la parution de son livre de réflexions "La musique éveille le temps"
Evoquant sa première rencontre avec les musiciens du "Met", ce vétéran qui fut directeur des orchestres de Paris et de Chicago, et qui dirigea à Londres, Viennes ainsi que dans le temple wagnérien de Bayreuth (Allemagne), admet avoir ressenti une certaine anxiété.
"Mais nous avons établi une relation particulièrement intéressante, très ouverte" avec l'orchestre, raconte Barenboïm, né à Buenos Aires dans une famille d'émigrés juifs russes, et qui collectionne aujourd'hui les passeports: argentin, israélien, espagnol et palestinien.
Le 14 décembre par ailleurs, Daniel Barenboïm interprètera en soliste des oeuvres pour piano de Franz Liszt dans la même immense salle du "Met", une prestation inédite depuis le célèbre concert de Vladimir Horowitz en 1986.
Devant la presse new-yorkaise, le maître, qui est un militant pour la paix au Proche-Orient, ne peut s'empêcher de parler avec passion de politique et de son "Orchestre du divan oriental-occidental" (West Eastern Divan Orchestra), installé depuis 2002 à Séville (Espagne) et composé d'artistes arabes et israéliens.
Il ne prétend certes pas que l'orchestre puisse apporter la paix, une paix qu'il n'attend pas non plus du président-élu Barack Obama. "La solution du conflit israélo-palestinien ne vient pas de Washington, mais de toute la communauté internationale", conclut-il.