|
|
Les télévisions publiques belges, la flamande VRT et la francophone RTBF, reflètent jusqu'à l'absurde les divisions entre les communautés linguistiques du pays, même si la crise politique qui ébranle la Belgique a, paradoxalement, créé de nouveaux liens entre les deux institutions.
La Radio-Télévision belge francophone, ou RTBF, et la Vlaamse Radio-en-Televisieomroep (VRT), partagent depuis la fin des années 1960 un bâtiment à l'architecture quasi-soviétique implanté dans le nord de Bruxelles.
Passé l'entrée, un couloir décoré de vitrines où trônent transistors et caméras rappelle le passé commun de l'audiovisuel public belge, dont l'origine remonte à la création en 1930 de l'Institut national de radiodiffusion.
"En marchant au milieu de ce couloir, on se situe sur une ligne imaginaire séparant la VRT, qui se trouve à gauche, et la RTBF, qui se trouve à droite. C'est tout ce qui nous sépare, c'est aussi tout ce qui nous réunit", explique Baudouin Remy, journaliste politique à la RTBF.
Car depuis la fin du "service commun" des deux chaînes en 1977, les 2.700 salariés de la VRT et les 2.100 de la RTBF ne partagent plus rien.
Sous la tutelle des autorités flamandes pour l'une, de la "Communauté française" pour l'autre, elles n'ont ni rédaction, ni studio, ni même cafétéria communes.
Né en 1830 sous la forme d'un Etat centralisé où le français était la seule langue officielle, la Belgique a évolué à partir des années 1970 vers un système fédéral où chaque communauté linguistique, néerlandophone et francophone, gère sa propre politique audiovisuelle.
Depuis une trentaine d'années, il y a donc, entre la RTBF et la VRT, une "autonomie rédactionnelle totale", confirme Jean-Pierre Jacquemain, directeur de l'information de la RTBF, qui vise en priorité les 4,5 millions de francophones de Bruxelles et de Wallonie (sud).
"Cela a sans doute renforcé l'évolution vers des identités différentes en Flandre (nord) et en Wallonie", reconnaît M. Jacquemain, qui souligne que très peu de francophones sont capables, par exemple, de nommer un chanteur populaire en Flandre.
Autre preuve du fossé qui s'est creusé entre les Belges: un homme politique flamand, Eric Van Rompuy (frère de Herman, le président de l'UE), a récemment vu rouge lors d'un débat à la RTBF en prenant au premier degré la plaisanterie d'un intervenant qui suggérait que les deux communautés se partagent la côte belge, alors qu'elle est intégralement en Flandre.
Il ne savait pas que son interlocuteur était l'humoriste Philippe Geluk, célèbre chez les francophones, et au-delà en France, mais inconnu dans le nord du pays.
"Ce sont deux mondes différents. Ce qui se passe en Wallonie, c'est un peu l'étranger", explique Rony Van Gastel, chef des rédactions radios de la VRT.
Les journalistes de la RTBF, "ce sont nos collègues préférés, pas plus", ajoute M. Van Gastel, qui s'adresse avant tout aux 6 millions de Flamands.
La VRT a néanmoins son "envoyée spéciale permanente" à Namur, la capitale wallonne, et ses journalistes "parlent régulièrement avec ceux de la RTBF, ce qui n'est pas si mal", sourit le rédacteur en chef flamand.
Depuis que l'hypothèse d'une scission du pays est ouvertement évoquée, la coopération s'est même renforcée entre les deux rédactions.
"On a beaucoup plus le réflexe de s'appeler. On se donne des coups de fil, on s'échange, sur le terrain, des informations sur ce qui se passe des deux côtés de la frontière linguistique", souligne Fabien Van Eeckhaut, reporter politique à la RTBF.
Mais franchir le couloir qui sépare RTBF et VRT pour prendre un café avec un journaliste flamand, "ça reste très exceptionnel", concède-t-il.
|
Publique su Noticia
Añada su Empresa
|