02/09/2010
La vie interdite de Sania Mirza
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Mariée à un Pakistanais, ouvertement effrontée, la jeune Indienne est persécutée par des autorités morales et politiques. Elle n'exclut pas d'arrêter sa carrière.

Sania Mirza a cheminé jusqu'au court No 13 sans gardes du corps, nappée d'un ensemble fuchsia au calibrage chiche. Son entourage lui a conseillé d'en changer, à tout le moins de l'étoffer. Mais l'effronterie n'attend pas le nombre des années et, à 23 ans, la jeune mariée moule ses formes, sans penser au fond. «C'est ma vie, j'en ai assez que des intellectuels se l'approprient.»

Depuis cinq ans, la jeune Indienne est l'objet d'une fatwa, la deuxième dans l'histoire du sport après que, en 1984, un groupe islamiste a menacé l'athlète marocaine Nawal el-Moutawakel. Il y a bien longtemps, dans le tennis, que les joueuses ne portent plus les tricots boutonnés de Margaret Court, et qu'une oeillade n'est plus considérée comme un dérèglement moral. Mais «l'islam, lui, n'autorise pas une femme à porter des jupes, des shorts et des hauts sans manches», a expliqué l'ouléma sunnite Haseeb-ul-hasan Siddiqui, instigateur de la fatwa.

Sania Mirza, avec ses corsages serrés et sa langue bien pendue, ses pieds nus posés aux côtés d'un drapeau indien, son spot publicitaire dans une mosquée, ses débardeurs barrés de slogans égrillards («Les femmes bien élevées entrent rarement dans l'histoire», «Soit vous êtes d'accord avec moi, soit vous avez tort»), avec ses tenues ou, plus exactement, son manque de tenue, est devenue un renégat, une chipie, un tort moral.

Ce n'est pourtant pas une mauvaise fille. Son entourage la confirme pieuse, croyante pratiquante, élevée dans une famille bourgeoise et dans le respect des préceptes. Elle prie plusieurs fois par jour. Un peu menue (1,53 m), un peu ingénue, «elle est très déterminée, plus que la moyenne des gens ordinaires», assure son agent, le joueur de double Maesh Bupathi.

Mais Sania Mirza est aussi une fille de son âge, elle aime Bratt Pitt et Eminem, le cricket et la natation, les glaces et les frites, elle a des amis de tous horizons, même en Valais, avec le spécialiste du double Yves Allegro.

Elle a aggravé son cas le printemps dernier lorsque, dans un contexte politique extrêmement tendu, elle a épousé un Pakistanais, une star du cricket, au cours d'un mariage transfrontalier et fastueux. Le parti nationaliste extrémiste Shiv Sena la menace maintenant d'exclusion: «Sania Mirza ne montre aucun respect pour les femmes de ce pays. Elle n'est plus Indienne. Si elle l'avait été au fond de son coeur, elle n'aurait pas épousé un Pakistanais. Elle ne nous représentera pas aux Jeux olympiques de Londres.»

Elle n'est en paix nulle part

Le couple a diffusé un communiqué: «Nous nous sommes mariés. Ce n'est pas une déclaration politique, mais une information: nous nous sommes mariés.» La joueuse refuse de renforcer sa sécurité, lasse de répondre de tout, bien décidée à retrousser les manches, et jusqu'aux épaules, devant la pugnacité des autorités morales et politiques. Roger et Mirka Federer musardaient seuls sur Madison Avenue mardi soir, mais Sania Mirza, quand elle sort, n'est en paix nulle part. «Peut-être que oui, peut-être que non. Je n'ai pas envie de le savoir», répond-elle à une télévision anglaise.

Elle fut la première joueuse de son pays à remporter un tournoi WTA, puis à passer deux tours en Grand Chelem. Elle fut même un peu tout, première Indienne du Bottin mondain, figure iconique de l'émancipation féminine, curiosité physiologique du tennis moderne. Il a fallu entourer sa maison d'un cordon de police, pour contenir les admirateurs. Deux individus ont été arrêtés dans une rue adjacente, pour avoir envoyé des SMS obscènes.

Alors Sania Mirza a encore perdu, fatalement, au premier tour de l'US Open, balayée 6-2 6-4 par la Russe Pavlyuchenkova. La joueuse se vautre dans l'illusion que sa vie lui appartient encore, sourire aux lèvres et robe légère, tandis qu'elle est retombée à la 159e place mondiale, loin de tout, après avoir atteint le top 30 à seulement 18 ans.

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