31/08/2010
Après "Festen", Thomas Vinterberg s'accroche aux déchirures familiales avec "Submarino"
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Les familles dysfonctionnelles, les pères abusifs ou absents en particulier, continuent d'inspirer le cinéaste danois Thomas Vinterberg qui, dix ans après Festen, revient sur les enfances brisées avec "Submarino", le contraire de sa propre histoire

"Ce n'est pas que j'ai décidé, a priori, que la famille serait mon thème privilégié, ni dans la vie, ni dans les films. Mais c'est vrai que cette institution reste au coeur de nombreux schémas émotionnels... c'est cela que je veux explorer", déclare le réalisateur à l'AFP, de passage à Paris à la veille de la sortie française de son dernier opus.

"Submarino" conte en lumières pâles l'histoire de deux petits frères traumatisés et abandonnés par leur mère alcoolique et que la vie finit par séparer.

"Avec ce film, je reviens d'où je suis parti, après le séisme qu'a représenté dans ma vie le succès de Festen" (Prix spécial du Jury à Cannes en 1998), confie-t-il.

Co-fondateur, avec Lars von Trier, du mouvement Dogma 95 - lancé en 1995 en réaction aux super-productions hollywoodiennes - Vinterberg se défend cependant de faire des films moralistes ou donneurs de leçons.

Avec "Festen", il filmait une réunion de parents et d'amis pour célébrer l'anniversaire d'un patriarche. Célébration qui tournait à la débâcle sous l'effet d'un déballage de sordides secrets.

"Mieux vaut se retrouver orphelin de père et de mère et grandir dans un orphelinat qu'au sein de la famille portraiturée par Vinterberg dans Festen", écrivait alors le New York Times.

La sortie mondiale et le triomphe de Festen fut "un choc" pour son auteur qui confesse aujourd'hui avoir mis dix ans à récupérer. "Ces dix dernières années ont été comme un long et douloureux voyage solitaire. Tout a craqué autour de moi, ma carrière était finie".

IL réalise peu de films - "It's all about love" (2003); "Les Héros" (2000); "Dear Wendy" (2005) - plutôt mal reçus par la critique et rapidement oubliés.

"Après Festen, il fallait que je trouve autre chose à faire. Ce film a été pour moi comme une famille étouffante, une prison dont on ne peut s'évader", juge-t-il aujourd'hui.

Pour la même raison, il lui fallait couper les ponts avec Dogma; "faire tout le contraire" de ce qu'il avait proclamé à la naissance du mouvement: "J'ai fait des expériences, dirigé des films coûteux, des grandes productions" - comme "It's All about love".

Mais aujourd'hui, "Submarino", écrit à partir d'un roman de Jonas T. Bengstoon, revient une fois encore à l'intimité et aux déchirures familiales. "Mais dans une optique totalement différente", insiste Vinterberg.

"Submarino, c'est le manque de famille et l'envie d'en trouver une, la nostalgie des proches... et au bout du compte, c'est une histoire d'amour. C'est un drame, mais il y a de l'espoir".

Le film met en présence deux êtres vulnérables qui, devenus adultes tentent d'oublier le passé, de se reconstruire, de sortir la tête de l'eau, dans un Copenhague obscur, un monde teinté de misère, de solitude, d'alcool, de peur et de drogues, filmé cependant avec tendresse.

"Ce n'est pas mon monde et je m'en suis approché avec humilité", indique-t-il, en soulignant que le film n'a "vraiment rien d'autobiographique".

"Mes parents étaient des bourgeois, des intellectuels hippies. Mon père était critique de cinéma, c'était un type bien. J'ai grandi dans une communauté, on avait dix parents et en même temps les enfants étaient laissés à eux-mêmes. J'ai tout fait trop tôt, l'alcool, les drogues, coucher avec des filles à 12 ans... peut-être que c'est pour ça que je suis super-protecteur aujourd'hui avec mes enfants", conclut-il en riant.

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